Periplum Petroleum [Marie Lecuyer]

Ed Ruscha, 1963, from the book “Twentysix Gasoline Stations”.

Oil and its plastic derivatives have imbedded our world system so massively that we now live in what some call the Plastisphere. Plastic come into shape mainly for functional purposes. It is waste by design, consuming fossilized organic bodies that took millions of years to accumulate under the ground, only to become a single-use object, but is nonetheless part of human intimacy. Plastic is said to betray its own meaninglessness by what it sounds like: emptiness. I argue that the texture of objects is what gives them sense (both meaning and sensation), and thus informs the relationship we hold to them, which in turn informs the way we relate to the world. To get a sense of how plastic intimately touches us, in the original sense of the latin word “fingere” which refers to both friction and fiction, I have started mapping the contemporary routes of plastic by listening to the chemico-physical life cycle of this material, as well as its affective one. Like oil or even plastic’s sticky texture, one that permeates and render some bodies abject, I took viscosity as my own methodology. I stick to places where, like waste, my presence is “out of place”, not meant to be. This allows me to capture the phonic tracks plastic leaves when passing through its human coupling. In doing so, I hope to give a new sense of what plastic means and does to us, and render somewhat intelligible what is often discarded as noise.

I thus started off this ethnographic voyage in oil by sticking to a gas station in downtown Ottawa. What came out of this is a meta recording of oil: a recording of its own registration through surveillance screens, cashiers and all kind of electronic devices that make up a control apparatus designed for and through oil consumption.This recording thus aims at capturing the signature of oil in the phonic tracks it leaves in its passing. What you hear is how oil inscribes itself through the daily gestures one makes, which, like any act of faith, work to place one’s trust in what oil can do for us, and does do to us.

 

Si le pétrole s’inscrit en une signature géologique sur la surface de la Terre,  il a été question ici d’écouter et de capturer la manière dont le pétrole s’inscrit au travers de nos gestes quotidiens dans une station essence. Periplum Petroleum est une signature phonique du pétrole composée à partir des traces laissées au passage du pétrole dans son couplage avec l’humain: de la pompe au pot d’échappement en passant par les instruments de surveillance, de visualisation, des appareils d’enregistrement de paiements… Tous entrent dans la composition de cet agencement matériel qu’est le pétrole.

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Plastic Smog

Max Liboiron, Marine plastics from the Hudson River, NYC 2015.

Aux côtés de la notion d’anthropocène, le terme plasticene apparaît de plus en plus fréquemment dans le vocabulaire anthropologique. Une époque plastique donc, ou de la plasticité, qui tient son nom du fait des fibres microplastiques incrustées dans les sédiments. Cette présence stratigraphique est fortement corrélée à la distribution des sites d’enfouissement. Dans les années 1950, on produisait déjà 2 millions de tonnes de plastique. Environ 300 millions de tonnes sont maintenant produites chaque année. En 2015, le total de tous ces déchets plastiques s’amassait à 5 milliards de tonnes. Une masse suffisante de plastique pour envelopper la Terre entière de cellophane (Zalasiewicz, 2016).

Mis à part la présence de plastique visible à l’oeil nu, on trouve dans les mers des microplastiques. On ne parle donc plus dès lors “d’île” plastique, ni de “soupe” de plastique, mais de “smog” ou brouillard plastique. Cette nouvelle notion a des implications politiques importantes. Les actions à mener vont être différentes en fonction de l’idée que l’on se fait de la substance et de l’envergure de cette présence plastique. Le concept de brouillard remet en question le type d’initiative de dépollution par récupération des déchets à l’aide de dispositifs de filets. En revanche, en prenant en compte que le plastique est pervasif et invisible à l’oeil nu, et qu’il a investit l’ensemble de la chaîne alimentaire, puisque le zooplankton absorbe les microplastiques, cela suggère qu’une intervention ne doit pas se faire en aval, mais bien plutôt en amont du problème de pollution plastique. Cela consisterait notamment à rentrer en dialogue avec certaines industries cosmétiques qui injectent dans leurs produits des microbilles plastiques que l’on trouve dans la masse invisible de ce brouillard plastique (Liboiron, 2016).

 

Le plasticene et la catastrophe

Eyal Gever, Large Scale Smoke, 2012. Eyal Gever, www.eyalgever.com

L’anthropocène, tout comme le plasticene, ou la plasticisation du monde, s’accompagne souvent de l’idée de catastrophe, de l’urgence et de la fin du monde. Par catastrophe on comprend intuititivement l’arrivée subite d’un événement. Quelque chose qui ne prévient pas, qui surprend et submerge au point de faire entrer brutalement le “sujet” dans l’altérité. La catastrophe est en ce sens le “surgissement du dehors” (Laplantine 2016), une expérience avant tout “hors sujet”, de rupture de l’intelligibilité (Moreau, 2016).

Cela dit, il s’agit ici de comprendre la catastrophe comme un processus qui est à l’oeuvre depuis déjà un certain temps. La catastrophe, loin d’être soudaine, a quelque chose de lent et de latent, que l’on ne voit pas venir. La catastrophe au sens classique d’un événement brutal et soudain, qui fait tout chavirer, où tout passe par dessus bord, ne se réfère qu’à la manifestation d’un processus spatio-temporel plus vaste.

Le problème donc, avec la notion de catastrophe comme on l’entend habituellement, est qu’elle ne rend pas compte des menaces caractérisées par leur durabilité et leur pénétrabilité, de ces processus imperceptibles de normalisation (Moreau, 2016).

Il s’agit alors de comprendre la catastrophe à la fois comme excès, comme le trop plein qui déborde mais aussi comme le processus d’accumulation. L’excès, le hors-norme, n’est toujours que la manifestation d’un processus déjà latent, de répétition, de normalisation aliénante.

Le travail de l’anthropologue, du scientifique comme de l’artiste consiste justement à s’intéresser non pas au massif, au spectaculaire et à l’extraordinaire, mais plutôt au tout petit pour rendre différemment intelligible l’a priori incompréhensible.

Références:

Laplantine, F., 2015. Entretien avecMoreau Yoann, “La dimension subie”, Communications, 1 (n° 96), p. 19-38.

Moreau, Y. (2015). “Des catastrophes “hors sujet ””, Communications, 1/2015 (n° 96), p. 5-18.