Virologies [Nicolas Rutherford]

 

Les terrains de la grippe

L’hiver canadien est pour beaucoup synonyme de la saison de la grippe. Chaque année, c’est dix à vingt pour-cent d’entre nous, vivant sur le territoire, qui contractons le virus, soit quatre à huit millions de personnes. Pour éviter de tomber malade, les autorités de la santé encouragent aux personnes de se faire vacciner, chose qui leur est possible lors d’une visite à la clinique, dans certaines pharmacies ou bien à l’hôpital. La vaccination est une option que voudraient garantir à tou(te)s les autorités sanitaires, car s’inscrivant dans leur mission officielle de prévenir, contenir et soigner les infections virales qui circulent dans le pays. En partenariat avec des organisations non-gouvernementales, des entreprises privées, des associations de professionnels et des agents médiatiques, les services nationaux et provinciaux de la santé mettent sur pied à chaque année un dispositif “anti-grippe” pour limiter autant que possible l’infection par le virus.

En plus des vaccinations qui sont offertes gratuitement, on diffuse à la télé, à la radio, sur internet et ailleurs des instructions et conseils sur comment se bâtir une immunité: il est recommandé, par exemple, de souvent se laver les mains et d’éviter aussi de se toucher le nez, la bouche et les yeux quand on est en public. Ces consignes sur l’hygiène, en plus des vaccins, sont préconisés par les autorités médicales qui voudraient qu’une part suffisante de la population y ai recours, et ce de manière à diminuer les risques d’épidémie (voir l’immunité de groupe). Durant cet hiver 2016-2017, le dispositif anti-grippe est rentré pleinement en action. Je me propose de repérer les différents gestes machinants et machinisés (je reprends ici les termes d’Yves Citton) de la grippe et de tous ceux qui l’orbitent; machinant, car la présence et l’action du virus orientent des réponses spécifiques de la part du système de santé, et machinisé, car les autorités sanitaires tentent d’imposer à la grippe des voies de circulation réduites pour neutraliser son action.

 

 

Aperçu du virus [biologique]

La grippe est une infection virale, d’habitude saisonnière, qui affecte les voies respiratoires de la personne. Toux, éternuements, fièvres et douleurs musculaires comptent parmi les symptômes les plus fréquents. Ceux-ci sont causés par l’action dans le corps du virus myxovirus influenzae, dont il existe plusieurs variantes; cet hiver, au Canada, les principales souches en circulation sont le H1N1, le H3N2 et une variante dite de type B. Après avoir pénétré dans l’organisme humain, le virus s’attaque aux cellules épithéliales qui bordent la trachée et les bronches; il s’infiltre dans le cytoplasme des cellules puis utilise à son compte leur “machinerie” biologique, c’est-à-dire ribosomes, appareils de Golgi et autres organelles pour augmenter son chiffre. En l’espace de quelques heures, la cellule infectée va produire jusqu’à 10 000 nouvelles particules virales. Celles-ci quittent la cellule, qui meurt d’habitude par apoptose, pour aller en infecter d’autres. Répété des millions de fois, ce cycle de réplication fait que, dans les jours qui suivent l’infection initiale, ce sont environ 100 trillions de microbes de la grippe qui vont parasiter les voies respiratoires du malade.

 

 

Aperçu de la réponse immunitaire [biologique]

Quand il est face à des pathogènes “envahisseurs”, le système immunitaire organise sa réponse en deux temps. D’abord, ce sont des cellules blanches dites macrophages qui débusquent puis détruisent par phagocytose les antigènes viraux qu’ils interceptent. Mais cette ligne de défense n’est pas très efficace, car rapidement elle se fait déborder par les particules virales qui sont en beaucoup plus grand nombre. Entrent alors en action les cellules lymphocytes T et B, autres types de cellules blanches, qui prennent, elles, plus de temps à maturer mais qui vont travailler en tandem pour identifier puis neutraliser plus efficacement les virus. Quand, au bout de plusieurs jours, l’infection est finalement vaincue, des cellules dites “mémoire” enregistrent la trace du pathogène et deviennent alors des sentinelles contre des futures attaques. Dorénavant toute nouvelle infection par cette même souche du virus sera plus facilement identifiée et repoussée. Sauf qu’une caractéristique clé du virus de la grippe est qu’il est extrêmement mutagène; pendant sa replication dans la cellule, des erreurs de transcription ont périodiquement lieu et ces altérations au génotype pourront éventuellement mener à l’émergence de nouvelles souches. Appelée dérive antigénique, ce phénomène “naturel” complique  la tâche du système immunitaire qui devra encore adapter sa réponse pour pouvoir y faire face.

 

Le virus à l’âge de l’anthropocène [InDesign Doc]